Projet ONEEN : Observatoire neuchâtelois de l’empreinte environnementale du numérique

Dans le cadre de notre cycle de conférence « durabilité HE-Arc », Steve Berberat, Professeur HES et Julien Reichenbach, collaborateur scientifique et Steve Berberat Professeur HES assistant au sein de l’Institut de Digitalisation des Organisations de la Haute Ecole de Gestion Arc ont présenté l’avancée du projet ONEEN.

Dans une organisation, le numérique représente aujourd’hui une part croissante de son empreinte environnementale. Pourtant, ses impacts restent souvent invisibles, difficiles à mesurer et constituent un véritable casse-tête à piloter. ONEEN a pour ambition de rendre ces impacts lisibles, comparables et actionnables, en proposant un tableau de bord d’indicateurs dédié aux organisations et aux communes du canton.

Le projet a pour but de contribuer au plan climat du Canton de Neuchâtel sous l’aspect de l’empreinte environnementale du numérique. Il consiste à créer l’Observatoire neuchâtelois de l’empreinte environnementale du numérique, qui prendra la forme d’une plateforme interactive. L’objectif est d’offrir un outil aux organisations publiques et privées pour les aider à piloter leurs actions favorisant le numérique responsable. La plateforme veut également offrir un référentiel de pratiques et permettre aux acteurs de partager leurs propres pratiques. Le projet, soutenu financièrement par la Confédération et le Canton de Neuchâtel dans le cadre de la politique régionale, tiendra compte des deux axes du numériques responsables sur le plan environnemental, qui sont le Green IT (réduire l’impact du numérique) et l’IT for Green (utiliser le numérique pour réduire d’autres impacts environnementaux).

Quel est l’objectif principal de l’Observatoire neuchâtelois de l’empreinte environnementale du numérique (ONEEN) ?

Steve Berberat : L’objectif premier est d’outiller les organisations privées et publiques du Canton de Neuchâtel pour leur permettre de visualiser et de piloter la réduction de l’empreinte environnementale du numérique. Il faut savoir que le Canton de Neuchâtel a fixé un objectif de réduction des gaz à effet de serre de 90% d’ici à 2040. L’entreprise souhaitant aller dans la bonne direction peut se demander dans quelle mesure cette réduction est attendue du numérique, si ce qu’elle fait est aligné avec cette vision 2040 et quelles solutions il lui est possible d’activer. La plateforme ONEEN vise à répondre à ces questions. Concrètement, chaque organisation privée ou publique pourra activer son propre tableau de bord de pilotage de son empreinte numérique.

Quel constat a motivé la création d’un observatoire dédié à l’empreinte numérique ?

S.B : D’une part, le fait que l’empreinte environnementale du numérique continue d’augmenter fortement, alors qu’au contraire nous devrions la réduire. D’autre part, le manque d’alignement entre les objectifs fixés à des niveaux « macro » (Confédération, cantons) et les réalisations concrètes faites plus localement par les entreprises privées et publiques (niveau « micro »).

Quels sont les impacts environnementaux les plus méconnus liés à l’usage du numérique ?

S.B : Intuitivement, nous pouvons penser que l’empreinte du numérique sur l’environnement est principalement due à sa consommation électrique. C’est une fausse idée. En réalité, c’est la fabrication des équipements numériques qui représente la part la plus importante de l’impact. Sur l’axe du climat, il faut savoir que la phase de fabrication représente 78% des gaz à effet de serre, contre seulement 21% attribués à la phase d’utilisation. Mais l’impact climatique n’est pas le seul : le numérique consomme aussi énormément d’eau, utilise des ressources minérales, métalliques et abiotiques et, dans une certaine mesure, émet des particules fines impactant la santé humaine ou encore participe à l’eutrophisation de l’environnement.

Pourquoi le numérique représente-t-il un enjeu environnemental majeur aujourd’hui ?

S.B : Dans une planète aux ressources limitées, le numérique ne pourra poursuivre son développement actuel. L’utiliser de façon consciente et modérée deviendra probablement une nécessité. Un usage raisonné consisterait, par exemple, à prioriser les projets de digitalisation qui visent à apporter de nouvelles solutions moins polluantes. On parle alors d’IT for Green (ou d’IA for Green s’il est question d’intelligence artificielle).

Quels critères permettent de mesurer l’empreinte environnementale du numérique ?

S.B : L’élément le plus décisif pour mesurer une empreinte numérique est de disposer d’un inventaire de ses équipements numériques, avec leur durée d’utilisation avant renouvellement. Pour être complet dans le calcul, il faut également prendre en compte la consommation électrique réelle de ses équipements, de même que tous les services numériques externes utilisés, qui sont par ailleurs de plus en plus nombreux (Teams, ChatGPT, OneDrive ou encore Moodle pour citer quelques exemples).

Comment fonctionnera concrètement la plateforme ONEEN ?

S.B et Julien Reichenbach : Les organisations pourront activer gratuitement leur propre tableau de bord. En fonction des paramètres que l’organisation renseigne (sa taille, son secteur d’activité, etc.), des objectifs alignés avec les ambitions cantonales lui seront proposés. Elle peut les prendre tels quels ou les redéfinir selon ses souhaits. Elle peut aussi décider de ne pas se fixer d’objectif pour l’instant. Mais ce n’est pas tout, car pour l’aider à entreprendre des actions, elle pourra à la fois consulter de nombreuses bonnes pratiques et piocher celles qui l’intéressent. Si elle le souhaite, elle pourra également mettre à disposition ses propres pratiques, notamment en les proposant comme mandats auprès des entreprises qui consulteront la pratique. Cela permet non seulement de travailler collectivement dans le bon sens, mais d’également générer des opportunités économiques à l’échelle locale. Enfin, nous avons mis en place une série d’indicateurs permettant aux directions des entreprises de voir l’impact concret de l’implémentation des pratiques, au fil du temps. Il leur sera possible de partager ces indicateurs pour mettre en avant leur engagement sur une page publique et valoriser leurs efforts.

Quelles sont les prochaines étapes de votre projet ?

S.B : Les communes ont aussi un rôle à jouer dans le projet : la prochaine étape majeure est d’inclure une notion de tableau de bord communal, leur permettant d’ajuster les valeurs-cibles des indicateurs pour les acteurs de leur territoire. Ainsi, les communes pourront voir les évolutions et identifier quelles initiatives ou aides pourraient être mises en place pour atteindre ces objectifs.

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