Entretien avec le Procureur général de la Confédération, Monsieur Stefan Blättler

Vendredi 20 février 2026, l’Institut de Lutte contre la criminalité économique (ILCE) de la Haute école de gestion Arc organisait une conférence intitulée « Journée du droit pénal économique 2026 : 25 ans de lutte contre le blanchiment d’argent », à l’occasion de son 25ᵉ anniversaire. Nous nous sommes entretenus avec le Procureur général de la Confédération, Monsieur Stefan Blättler à la suite de son intervention.

La lutte contre la corruption internationale est l’un des domaines de compétence du MPC. Quelles évolutions ou quels outils souhaitez-vous voir apparaître dans ce domaine à l’avenir ?

Nous observons que les frontières entre la criminalité organisée, la corruption et le blanchiment d’argent deviennent de plus en plus perméables, au point que ces phénomènes s’entremêlent étroitement. La criminalité est transnationale et revêt une ampleur significative. Toutefois, j’aimerais rappeler que le crime ne connaît pas de frontières. Dans ce contexte, la coopération internationale s’impose comme une nécessité. C’est précisément dans cette perspective que le Ministère public de la Confédération (MPC) a signé une déclaration commune prévoyant la création d’un groupe de travail (task force) avec le Serious Fraud Office (SFO) du Royaume-Uni et le Parquet national financier français (PNF) pour lutter contre la corruption internationale.

« Le crime ne connaît pas de frontières. Dans ce contexte, la coopération internationale s’impose comme une nécessité »

Enfin, toujours dans le même domaine, il est nécessaire de disposer de nouveaux instruments juridiques. Le MPC milite en faveur d’un outil de justice transactionnelle (comme l’on peut le retrouver aux Etats-Unis avec le Deffered Procecution Agreement – DPA, ou alors en France avec la Convention judiciaire d’intérêt public – CJIP). Ces outils peuvent renforcer l’efficacité de la coopération entre États disposant de mécanismes comparables et faciliter une réponse cohérente face à des infractions complexes et transnationales.

Quelles compétences ou profils professionnels seront essentiels dans les années à venir pour renforcer la lutte contre la criminalité économique ?

Le profil de l’enquêteur demeure celui d’un policier ou d’un procureur, mais les exigences attachées à cette fonction ont sensiblement évolué. Les enquêteurs doivent désormais disposer de compétences spécialisées qui dépassent le cadre de la formation policière initiale, notamment dans des domaines techniques et financiers de plus en plus complexes.

Des compétences informatiques pointues sont essentielles pour mener les enquêtes dans le monde numérique, à l’échelle nationale et internationale.

L’État ne peut ni déléguer certaines de ses prérogatives essentielles ni externaliser des missions qui relèvent intrinsèquement de ses compétences exclusives. Le développement des compétences des enquêteurs est donc fondamental.

L’objectif est de permettre aux enquêteurs d’acquérir une expertise spécialisée approfondie ou, lorsque les circonstances l’exigent, de faire appel à des experts externes disposant des compétences techniques spécifiques et du haut niveau de qualification requis.

Les jeunes diplômés se montrent particulièrement motivés à entamer leur carrière au sein de l’État, attirés par les nombreux défis stimulants et les responsabilités exigeantes qui les y attendent.

« Votre institut, l’ILCE, forme une partie des enquêteurs de demain, en tenant compte de cette évolution, et je vous en remercie ».

Vous avez séjourné dans le Canton de Neuchâtel lors de vos études. Quel souvenir gardez-vous de notre région ?

J’ai vécu dix ans à Neuchâtel, une expérience qui m’a permis d’acquérir puis de perfectionner une maîtrise approfondie du français, langue que j’utilise quotidiennement dans mon environnement professionnel.

Je dois en grande partie ma formation et ma rigueur juridique à l’université de Neuchâtel. Cette période représente une étape marquante de mon parcours, c’était magnifique. Les années passées comme assistant ont été particulièrement enrichissantes, tant sur le plan intellectuel que professionnel, et j’en garde un souvenir très positif.